Les Oliviers du Négus, de Laurent Gaudé

Publié le par Caroline

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http://www.musanostra.fr/les-oliviers-du-negus.jpgJ’ai été conquise par la prose chatoyante, imagée et très riche de Laurent Gaudé, et par sa capacité à construire des séquences narratives d’une force rare en si peu de pages ! Peu amatrice de nouvelles en général, j’ai avec ce recueil été complètement séduite. Il est rare que des nouvelles, aussi bien écrites soient-elles, ne me laissent pas sur ma faim. Il en va de même des très courts romans, qui aussitôt lus sont aussitôt oubliés, et ce en dépit de leurs qualités… En lisant plusieurs blogs ces derniers temps, je me suis ainsi aperçu que j’avais lu et aimé (récemment, en plus !) Nagasaki, d’Eric Faye, ce roman à peine plus long qu’une nouvelle qui raconte avec brio l’intrusion d’une Japonaise dans l’appartement d’un inconnu… mais qui m’est si vite sorti de la tête que j’en complètement oublié d’en rédiger le billet !

En fait, le problème de la nouvelle, me semble-t-il, vient du fait que la brièveté du récit impose à l’auteur de se concentrer soit sur le cadre et l’atmosphère, soit sur son ou ses personnages, auquel cas il n’en retient que quelques traits sur lesquels l’intrigue va venir se superposer, pas toujours de la manière la plus adroite. Schéma qui, en général, ne manque pas de me voir déçue car j’aurais aimé pouvoir m’attacher plus en profondeur à des personnages et à une ambiance trop rapidement esquissés, sans non plus être forcée de les dissocier…

Rien de tout cela dans ce recueil : une vraie performance que je ne pouvais évidemment pas manquer de saluer ! Et, surtout, une émotion profonde, sourde, qui jaillit à certaines pages pour se terrer dans d’autres… Quatre nouvelles très différentes, quatre époques, quatre lieux mais un point commun chez tous ces personnages: la volonté de se battre, d’affirmer son opposition face au consensus, de sortir du rang pour finalement se poser la question non seulement de la différence, mais aussi de ce qui nous fait avancer, sortir de nous-mêmes : est-ce pour aller vers l’autre, pour accomplir un dessein que qui nous dépasse ? Est-ce une forme d’hybris, qui nous pousse à nous croire supérieurs, en vain peut-être ? Peut-on vraiment croire à l’exercice de notre libre arbitre ? Où s’arrête notre propre volonté ?

La thématique de la chute et de la mort est, comme dans les autres ouvrages de l’auteur, très présente. Au travers des notions de frontière (d’avec la folie, le monde, le commun des mortels) ou à travers la figure de l’Autre, le barbare, celui contre qui on se bat, c’est en eux-mêmes que ses personnages accueillent la mort, à qui ils ouvrent la porte sans toujours le savoir.

L’écriture, très belle, fait mouche et la tonalité violente et poétique de ces pages m’a proprement captivée. Je repars de cette belle découverte avec une furieuse envie de lire Ouragan… A suivre !

Publié aux Ed. Actes Sud, 2011



Publié dans Aimés passionément !

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