Les Chagrins, de Judith Perrignon

Publié le par Caroline

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"Ton sort est lié au sien, que tu le veuilles ou non. Je serai là, je te le promets.

Je t'en supplie, aime la." (p. 50)

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Les "chagrins", ce sont les douleurs, l'absence, la tristesse, le manque, l'impossibilité d'aimer et surtout de dire. Alors que sa mère vient de mourir, Angèle apprend son histoire. Née dans la prison de la Petite Roquette en 1967, puis confiée à sa grand-mère Mila, elle est celle qui a grandi "à côté". Elle n'a jamais connu son père, amour fou d'une Helena qui l'a suivi dans le braquage d'une bijouterie, avant qu'il ne se volatilise, laissant une toute jeune fille aux yeux verts murée dans un silence qu'elle ne brisera jamais plus, ni devant la justice ni envers sa fille ou sa mère, emprisonnée entre quatre murs d'abord, puis meurtrie à jamais.

Dans ce roman choral, tour à tour épistolaire et introspectif, cette trilogie féminine est mise en scène de manière subtile. Le personnage d'Helena apparaît en creux, comme modelée par la parole de ses proches, qui  recréent l'histoire de ces vies antagonistes. Les points de vue s'alternent et les mots, précis et vifs, disent cette impossibilité de comprendre en transparence ce que la douleur a fait éclore. Deux personnages masculins, un journaliste et le père, l'absent, viennent au fur et mesure s'immiscer dans le récit, permettant au lecteur de reprendre un peu d'air avant de se replonger dans l'infinie tristesse de ces vies dévastées. Mila, la grand-mère, est un personnage lumineux, figure du combat, de la vie, qui n'a cesse d'avancer et de chercher à briser ces liens toxiques. Elle apporte un peu d'oxygène et beaucoup d'amour dans ces pages très sombres.

J'ai aimé ce beau roman qui parvient à nous immiscer dans des douleurs et des non-dits familiaux intenses, qui rend compte avec finesse de l'impossibilité d'aimer en nous emmenant au-delà de tout jugement. Un roman extrêmement triste cependant, dont la lecture est à réserver pour des jours heureux ! Un grand merci à Hélène pour le prêt...

Ed. Stock, 2010

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Publié dans Bien aimés...

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Anne 23/03/2012 20:03

Je l'ai lu l'année passée. Tu me rappelles un beau souvenir de lecture.

Caroline 26/03/2012 10:25



Pour moi aussi, ça faisait quasiment 1 an que je l'avais lu, avant que je ne me décide enfin à rédiger ce billet... Mais mon souvenir était intact, ce qui souvent n'est pas le cas. Signe de
la qualité de l'ouvrage !



Fransoaz 18/03/2012 10:59

Beaucoup de tristesse, il est vrai mais diluée dans beaucoup d'amour et servie par une plume bien équilibrée.

Caroline 19/03/2012 10:13



Oui, c'est un beau roman, à l'écriture fine et précise...



Hélène 06/03/2012 20:06

Livres reçus aujourd'hui, merci, heureuse d'avoir pu te fair eplaisir.

Caroline 07/03/2012 11:44



Mille mercis à toi Hélène



Hélène 05/03/2012 09:14

Qu'est-ce que j'ai pleuré !!!

Caroline 05/03/2012 10:51



Oui, c'est d'une tristesse absolument terrible, dès le tout début, quand Angèle se rend sur les lieux de la Petite Roquette, désormais ensevelis sous un square coquet, et jusqu'à la toute
dernière page.... Mais un roman juste, tendu, beau et plein d'émotions.