Le Lézard noir, de Ranpo Edogawa

Publié le par delivresetdeaufraiche

©©©©

 

Une course-poursuite rocambolesque au charme patiné

 

« Flânerie au bord du fleuve Edo » : c’est la traduction littérale des idéogrammes qui composent le nom de Ranpo Edogawa, anagramme de Edgar Allan Poe, reconnu comme le maître-fondateur de la littérature policière japonaise (1894 – 1965).

Il y a déjà quelques années, ma découverte de Ranpo Edogawa, et par lui de la littérature japonaise, avait été un franc succès. J’avais été édifiée par La Chambre rouge, recueil de nouvelles policières à la mise en scène très étudiée, convoquant dans des intrigues fouillées des personnages particulièrement retors et pervers.

Pour bien débuter le challenge de Choco, j’ai donc poursuivi avec Le Lézard noir, un classique du roman policier japonais. Court, vif et nerveux, ce roman se lit avec un vrai plaisir.

Femme-poison, magnétique et sulfureuse, le Lézard noir est une cambrioleuse tokyoïte de haute volée. Jamais à court de vue sur ses prises à venir, elle projette cette fois d’acquérir l’« étoile égyptienne », l’un des diamants les plus précieux de l’archipel en enlevant la fille du joaillier qui détient le caillou si convoité…  Mais Akechi, détective privé à la détermination sans faille, veille sur la belle Sanae et ne la laissera pas filer si facilement ! Rebondissements en cascades, dissimulations, jeux de cache-cache et ripostes se succèdent à un rythme effréné. Les mécanismes sont parfois appuyés et un tantinet désuets, mais j’ai trouvé qu’ils participaient au charme suranné de ce récit qui est aussi, par certains aspects, d’une grande modernité. Le Lézard noir est une femme libre, extravagante et sans scrupules, hautement manipulatrice, qui sait mieux que personne tirer les ficelles des hommes qui ont succombé à son charme, par amour ou par obligation, et qui lui sont entièrement soumis… une idée de la femme totalement à l’opposé, bien évidemment, des critères propres à la Japonaise convenable, respectueuse, soumise à la règle et à la primauté masculine.

Vers la fin du roman, alors que le voile est levé sur la véritable finalité de l’enlèvement de Sanae, le lecteur ne pourra qu’être saisi par ce « musée humain » peu ordinaire, fruit de l’esprit pervers de cette femme fantasmant de manière délirante l’absolue perfection …                                 

Le Lézard noir a un vrai relief et une extravagance toute japonaise, même si j’ai regretté le fait que cette intrigue, certes bien menée et particulièrement haletante, aurait presque pu être transposée n’importe où ailleurs. Le « dépaysement japonais » que j’attendais n’a pas été au rendez-vous. Je suis un peu restée sur ma faim de ce côté-là, d’autant plus que c’était – en tout cas dans mes souvenirs… - l’un des gros points forts de La Chambre rouge, en plus de la mise en scène orchestrée par l’auteur, narrateur de ses nouvelles, qui interpellait le lecteur avec beaucoup d'humour sur l'action… Je n’ai pas plus retrouvé ici de traces de cette mise en abîme particulièrement savoureuse.

Le Lézard noir, trépidant policier à l’ancienne, vaut donc surtout pour son action rondement menée, par des héros certes un peu caricaturaux mais attachants, très courageux ou très méchants, en tout cas tous très déterminés !

 

Edition originale: Japon, 1934 et en français aux Editions Picquier poche, juin 2000

 

challenge-In-the-mood-for-Japan

Publié dans Bien aimés...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Tiphanya 03/02/2011 18:23


Je n'ai toujours pas lu un seul titre de cet auteur. Mais tu me donnes envie avec ce titre, ainsi qu'avec "la chambre rouge".


delivresetdeaufraiche 18/02/2011 17:04



C'est vraiment un auteur à découvrir ! On ne s'ennuie pas une seconde dans ses romans.



Fransoaz 02/02/2011 11:27


Après ta virée japonaise, la lecture de "les chagrins" te semblera bien terre à terre, je pense.
J'expédie sous peu 'ta mère" avec cette fois l'histoire trouble de l'union soviétique. Magnifique!


delivresetdeaufraiche 18/02/2011 17:03



J'ai enfin retrouvé une connexion Internet chez moi.... Ouf ! J'ai vraiment aimé Les Chagrins. Pour le coup, absolument rien à voir avec le Lézard noir !!