La Vie immortelle d’Henrietta Lacks, de Rebecca Skloot

Publié le par Caroline

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Jeune étudiante en sciences, Rebecca Skloot découvre par l’intermédiaire de l’un de ses professeurs l’importance pour la recherche scientifique mondiale d’une lignée de cellules baptisée HeLa, deux syllabes qui les relient à une vie méconnue, celle d’Henrietta Lacks, morte d’un cancer dans les Etats-Unis des années 50 et qui, en « donnant » sans le savoir ses cellules à la science, est à l’origine de tant d’avancées pour la recherche qu’on ne les compte même plus : lutte contre le cancer, étude du génome humain, mise au point de vaccins et de médicaments…

Fascinée par ce lien tangible et pourtant fragile entre l’humain et la science, Rebecca se jure de retracer l’histoire de ces cellules immortelles, les premières qui ont pu être mises en culture et se sont depuis reproduites à l’infini, s’exportant dans le monde entier, en les rattachant à celle dont elles sont issues : Henrietta Lacks, donc, femme noire de condition modeste, mariée très jeune avec son cousin, et morte à l’âge de 31 ans des suites d’un cancer de l’utérus particulièrement fulgurant.

Il est vrai que l’existence de ces cellules immortelles revêt un caractère fascinant. Les questions que soulève cette histoire, autour du consentement individuel, qui n’a pas été respecté et n’était pas même alors envisagé, encore moins pour une femme, noire de surcroît ; puis de la mise en place – particulièrement difficile - de bornes éthiques à la recherche et de la place de l’individu dans le système scientifique institutionnel m’ont intéressée et interpellée. J’ai moins été convaincue par la façon dont la question noire est abordée au fil de ces pages. La famille Lacks ne peut se défaire de son sentiment, certes compréhensible, d’avoir été lésée et manipulée. Leurs difficultés sociales réelles nous sont détaillées, et j’ai été assez gênée par cette famille qui semble maudite depuis des générations : malformations congénitales, maladies, exploitation sociale et médicale, violence et désespoir… Seuls en réchapperont la toute dernière génération, notamment la jeune Erika qui étudie les sciences, comme une forme d’hommage à son arrière-grand-mère… J’ai beaucoup ressenti au fil de ces pages un sentiment un peu misérabiliste, mâtiné d’un optimisme forcé, très américain, à la « ne nous laissons pas abattre », qui a fini par me crisper.

L’auteur s’immerge complètement dans la vie des descendants d’Henrietta, notamment de l’une d’entre elles, Deborah, complètement perdue par rapport à cette histoire dont elle ne maîtrise aucunement les clés et avec qui elle va parvenir à tisser non sans mal une relation de confiance. Si la bonne volonté de l’infatigable Rebecca Skloot est manifeste et assez touchante, elle en fait souvent trop, nous racontant dans les moindres détails ses doutes, ses espérances, sa progression dans son travail… et c’est souvent ennuyeux.

Dommage, car l’histoire de ces cellules et les vifs débats que leur origine et leur utilisation ont pu susciter sont passionnants. Ce qui est nettement moins le cas, vous l’aurez compris, des déboires et des tâtonnements de la famille Lacks sur des décennies, et de la maïeutique compliquée du travail journalistique qui a donné naissance à ce livre. J’aurais aimé que la réflexion éthique soit davantage poussée et l’ensemble un peu plus ramassé, car de nombreuses longueurs ont fini par entamer mon intérêt, pourtant bien réel.

Merci à Blog-o-book pour ce partenariat.

 

Edition originale : The Immortal life of Henrietta Lacks, 2010

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) aux editions Calmann-Lévy, janvier 2011

 

Publié dans Un peu aimés...

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