L'Artd e voler, de Antonio Altarriba & Kim

Publié le par Caroline

©©©©

http://v2.du9.org/wp-content/uploads/2012/04/l-art-de-voler_couv--single.jpg

Mai 2001 : un vieillard de 90 ans quitte sa maison de retraite. En volant. Ou plus précisément, en sautant par la fenêtre. Après une vie d’espoirs déçus et de désillusions forcées, la dépression le ronge et il décide de mettre fin à ses jours.

Dix ans plus tard, son fils s’empare de l’histoire de sa vie pour la restituer sous forme de BD, un peu à la manière dont l’Espagne d’aujourd’hui se débat pour se réapproprier une histoire douloureuse, dont les brèches sont encore vives.

Un point commun : la culpabilité. Le père n’a pas eu le courage de s’attacher aux convictions anarchistes qu’il avait défendu avec ardeur lors de la guerre d’Espagne. Le franquisme a eu le dessus, en parvenant à vendre un modèle sournois de réussite personnelle à tous crins, sur une trame d’« apaisement politique ». Le fils, dévoré par le remords d’avoir laissé son père s’enfoncer dans la dépression et de n’avoir pas su trouver les mots et les gestes qui, peut-être, auraient pu redonner sens à sa vie, relit cette vie en tentant d’y discerner les liens du sang, de ceux qui pourraient lui permettre de se rattacher à un engagement précieux, à un espoir en actes, pour peut-être essayer de comprendre.

En toile de fond, l’Espagne, de la guerre civile à aujourd’hui : un pays qui se déchire, théâtre de luttes fratricides et décor sur lequel se projettent des ombres d’une violence phénoménale, tantôt exacerbée, tantôt sourde, se logeant dans une foule de mesquineries et de renoncements.

J’ai aimé ces histoires en filigrane, menées de façon fine, et ce point de vue de fils somme toute plutôt attachant, narrateur omniscient qui, par le sang qui coule dans ses veines, se projette corps et âme dans cette figure paternelle, s’appropriant ses pensées, son cheminement et ses renoncements tout en gardant la nécessaire distanciation de celui qui cherche à relire pour comprendre.

Le côté extrêmement amer du récit, fait d’espoirs déçus, de désillusions cruelles et d’impuissance m’a en revanche laissée très mal à l’aise. Le ressentiment transparaît dans chacune de ces pages, et même si le héros, finalement, s’en veut plus à lui-même qu’aux autres, cet aspect m’a beaucoup gênée dans ma lecture.

Un récit d’une très grande noirceur, où l’espoir n’a aucune place. Un portrait d’une génération, poignant certes, mais tellement pessimiste que je ne peux certainement pas y adhérer ! Je n’ai pas non plus aimé le dessin, que j’ai trouvé très laid – sûrement est-ce voulu, dans cette optique de dévoiler la laideur du monde, mais les personnages sont affreux, les traits déformés leur faisant ressembler à des marionnettes défigurées… Un aspect de plus qui m’a freinée : en BD, j’aime le côté onirique du dessin, même, et peut-être surtout, s’il est en décalage avec le fond du récit, permettant au lecteur de « survoler » la douleur des sentiments évoqués, pour finalement mieux se les approprier. 

Une BD qui ne m’a pas convaincue donc, trop noire, trop violente et bien trop désespérée pour moi !

Denoël Graphics, mai 2011

2012

Publié dans Un peu aimés...

Commenter cet article

L'Echange des princesses de Chantal Thomas 23/10/2013 13:54

Moi en tout cas je le trouve tentant comme lecture!

Ys 12/06/2012 08:46

Elle est dans ma PAL depuis un an alors qu'elle a tout pour me plaire...

Caroline 13/06/2012 21:14



Je n'ai pas vraiment aimé, c'est très noir et ça frôle souvent le glauque... Malgré cela, je reconnais un certain talent à l'auteur, notamment dans la transcription en BD des affres de la
dépression... J'ai hâte de lire ton avis !