HHhH, de Laurent Binet

Publié le par Caroline

 
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http://www.deslivres.com/images/products/image/hhhh-laurent-binet.jpegUn peu (beaucoup !) de retard pour ce billet, suite à un départ en vacances suivi d’un changement de boulot… Le temps me manque ces jours-ci pour rédiger, mais voici - enfin - ma fort tardive contribution à cette lecture commune, organisée par Agathe, avec Hélène Choco ! Participent également à ce jour Tousleslivres, Lystig, dont je rejoins entièrement le sentiment, et Lireetdelires !

Il mérite de préciser aussi que j’ai eu le sentiment de m’être acquittée de cette lecture avec la docilité d’une bonne élève qui, un peu malgré elle, a accompli les invectives de son professeur, sans trop oser aller à l’encontre de ses attentes… J’ai démarré ma lecture le cœur léger, espérant lire vite et bien ce pensum livre avant d’en dire ici tout le bien que j’en ai pensé dans la foulée. Las, ce fut peine perdue : j’ai décroché maintes et maintes fois de ce livre, qui ne m’a vraiment pas passionnée, avant de pousser un soupir de soulagement à la dernière page ! Dès le début, le narrateur, très présent dans le récit, m’a agacée dans la mise en scène de ses errements de romancier. De la source de son inspiration (son séjour de plusieurs mois à Prague), de son entourage, en la personne de Natacha, belle slave évidemment belle et blonde (c’est souligné à plusieurs reprises !), élue de son cœur peu convaincue par ses velléités littéraires, ou de ses questionnements lancinants sur la façon dont il allait agencer et mettre en scène son récit, rien ne nous est épargné.

C’est un peu amusant au début, puis dérangeant, avant de devenir carrément horripilant, d’autant plus que ledit narrateur a un côté compulsif et maniaque absolument repoussant ! Il est en effet fasciné, depuis qu’il a vécu à Prague donc, par la figure de Heydrich, bras droit d’Hitler, grand organisateur de la solution finale. En se lançant sans l’écriture de ce soi-disant roman, il compte bien mettre en littérature tout ce qu’il a collecté sur lui depuis des années, en s’étant documenté de manière frénétique sur l’odieux personnage. Heureusement, si j’ose dire, il entend faire du « boucher de Prague » un héros malgré lui, puisqu’il s’agit de retracer l’histoire de l’attentat monté contre lui par la Résistance tchèque en exil à Londres. C’est en tout cas le projet qui est annoncé au lecteur d’entrée de jeu… et ce n’est pas vraiment ce que j’ai trouvé dans ces pages. La majeure partie de l’ouvrage retrace l’ascension d’Heydrich, et la partie sur l’attentat manqué ne vient que très tardivement et fait l’objet d’un compte-rendu relativement succint, peu approfondi, qui se veut froid, hors du champ de l’émotion.

En y réfléchissant, je crois que c’est au travers de cet aspect – dont il nous rebat les oreilles en large et en travers tout au long de son récit - que Laurent Binet entend nous donner à lire ce qu’il présente comme un roman. C’est en tout cas la conception qu’il en a : déposséder de tout sentiment un récit que d’aucuns pourraient comprendre comme un affrontement du bien et du mal, ou comme une mise en scène du doute qui taraude des personnages menés par des convictions, que ce soient les leurs, celles des autres, celles qu’ils croient s’être appropriés ou dont ils peuvent douter. Pour ce faire, le romancier fait entrer son lecteur dans son arrière-cuisine, cherchant à lui révéler, tel un apprenti sorcier, les ressorts qu’il tente de mettre en œuvre, parfois sans succès, comme il le constate lui-même, pour éviter de faire intervenir le champ de l’émotionnel en s’en tenant aux faits. C’est ce qu’il fait, donc, en entrecoupant ses « faits » de loghorrées sur ce qu’il aurait pu écrire. « Voici ce à quoi vous avez échappé », c’est ce qu’il semble en permanence nous dire…

J’ai eu le net sentiment d’avoir affaire à un essai aux prétentions littéraires bancales, plutôt qu’à un roman comme annoncé… et, partant, d’avoir été flouée ! Le sujet de l’attentat m’a pourtant intéressée, et j’ai vraiment regretté qu’il soit traité d’une manière aussi bâclée et si peu littéraire – les personnages des résistants et de leurs soutiens s’y prêtaient pourtant d’une manière remarquable… Un sujet riche et plein de promesses donc, mais dont le traitement complètement désincarné m’a laissée en dehors de l’histoire !

Publié aux éditions Grasset, 2010 – et au Livre de Poche, 2011

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Publié dans Un peu aimés...

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Commenter cet article

Anne 08/05/2012 22:05

Tu confirmes que je ne dois pas ouvrir ce livre... Merci pour ma PAL et pour mon programme de lecture !!

Caroline 09/05/2012 21:09



Si ça ne tenait qu'à moi, tu l'auras bien compris, je t'enjoindrais de passer à d'autres lectures plus réjouissantes ! Mais plusieurs autres participants de la lecture commune ont aimé, et
même beaucoup aimé, donc...



Hélène Choco 07/05/2012 09:12

J'aime ta critique!! sans concession, on sent bien que tu as été horripilée et que tu n'as pas aimé.... je suis d'accord avec toi : Laurent Binet est trop présent dans ce livre. Un côté narcissique
qui me dérange et n'apporte absolument rien! Mais un procédé narratif original.... MERCI à toi pour ta participation, j'espère que tu ne sera spas rebutée pour venir sur d'autre LC avec nous! :-)

Caroline 08/05/2012 21:24



J'ai aussi aimé ton billet, et mon avis converge totalement avec le tien ! En effet, ce livre a un aspect très narcissique qui m'a vraiment agacée ! Je en suis pas rebutée pour la suite, bien au
contraire, puisque sans la lecture commune je n'en serais jamais venue à bout... et surtout, j'ai aimé découvrir pourquoi certaines l'avaient aimé (ou pas !).



Aifelle 06/05/2012 13:37

Je n'arrive pas à me décider à lire ce roman, et là tu me fais même abandonner l'idée.

Caroline 06/05/2012 22:32



Ne te fie pas qu'à mon avis, Agathe et d'autres participants de la LC ont aimé, et même beaucoup aimé ! Mais Hélène n'a carrément pas réussi à terminer, et Lystig était aussi franchement
circonspecte... Fais-toi ta propre idée :-)



Mélopée 05/05/2012 22:53

Bof, bof, j'ai bien peur de ne pas réussir à embarquer également.

Caroline 06/05/2012 22:31



Les digressions sont vraiment nombreuses, et si c'est intriguant au début, j'ai vite été lassée de perdre sans cesse le fil...