Féroces, de Robert Goolrick

Publié le par delivresetdeaufraiche

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Féroce, ce livre l’est en effet. Il est même bien plus que cela : il est corrosif, acide, noir, très noir. A tel point que si j’ai été intriguée au début par cette description peu commune de l’envers du décor de la bourgeoisie américaine, j’ai rapidement eu du mal à poursuivre ma lecture, et que j’ai fini par abandonner ce roman, chose peu commune pour moi…

Prise de stupeur face à cette peinture corrosive de la déchéance d’une famille apparemment bien sous tous rapports dans la Virginie des années 50, j’ai eu beaucoup de mal à ne pas sauter des passages entiers tant ils sont durs et amers.

La blessure à vif du narrateur court tout au long de ces pages, en filigrane desquelles on pressent l’indicible, jusqu’à ce qu’il fasse jour… C’est à ce moment-là que je n’ai plus pu supporter de lire la suite du récit, écœurée, quasiment jusqu’à la nausée.

Le récit de cette enfance fauchée par les secrets bien gardés de cette famille perversement parfaite aux yeux du monde a pour moi été insoutenable, et la haine qui ourdit ces pages est telle que je n’ai pas réussi à poursuivre ce livre désillusionné, aux pages très crues.

Je reconnais à ce roman des qualités narratives. L’histoire est saisissante, mais l’auteur m’a semblé se complaire dans l’atrocité. Tous les membres de la famille boivent, leurs morts sont macabrement mises en scène, jusqu’à la façon outrée dont est révélé le secret le mieux gardé des Goolrick…

J’ai ressenti la volonté de l’auteur de faire que ce livre soit le plus dérangeant possible. A ce niveau-là, son pari m’a semblé pour le moins réussi ! J’ai aussi aimé la thématique de l’écriture qui sauve de la mort, de la création comme un pansement toujours bancal et que l’on ne maîtrise que rarement, mais je garderai un mauvais souvenir de cette lecture, définitivement trop féroce pour moi.

 

Editions Anne Carrière, août 2010

Publié dans Pas aimés !

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M
<br /> Un livre fort, cruel, mais aussi splendide. Personnellement, je ne vois aucune complaisance dans le style de l'auteur, ni même dans ses intentions. Pas de narcissisme, mais le désir puissant d'être<br /> dans la lucidité, "la blessure la plus rapprochée du soleil", selon René Char. Il y a dans ce livre, derrière la monstruosité qu'il dénonce, infiniment d'humour, de tendresse et de subtilité... Et<br /> c'est à l'image de la personnalité de Robert Goolrick lui-même. "Féroces" est son 2ème livre publié en France, mais il date de 2004, avant "Une Femme simple et honnête", publié l'année dernière<br /> chez Anne CArrière. Je le conseille à tous ceux qui voudraient s'assurer que Goolrick est bien un grand auteur, que l'auto-fiction n'est pas son obsession, et qu'il maîtrise un style à la fois<br /> incisif et poétique...<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> J'irai voir "Une femme simple et honnête", alors ! Merci pour ton commentaire. Je te rejoins sur le fait que ce roman est subtil. Fort, éprouvant, repoussant pour moi, mais plein de nuances sans<br /> aucun doute.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> J'ai donc retenté "Féroces" ...et cette fois je suis rentrée dedans, je ne pouvais d'ailleurs plus le lâcher !<br /> Je l'ai trouvé très fort et remarquable d'un point de vue littéraire. Mais comme toi je n'ai pu dépasser la page 191, et pourtant je le sentais venir le drame ...mais trop insoutenable !<br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Pareil, impossible de poursuivre... Le sentiment de dégoût, déjà bien distillé avant, m'avait déjà mise très mal à l'aise, mais alors après... il m'a fallu arrêter absolument, tout comme toi. Je<br /> ne pouvais plus.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> livre magnifique! fort, sans concessions; le contraire de toutes ces auto fictions narcissiques et vaines<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> C'est vrai qu'il est, comme tu le soulignes, fort et sans concession. Mais trop fort pour ma petite nature ! Même si je salue la démarche littéraire que nous propose l'auteur.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> J'ai essayé à deux reprises de lire ce livre, et je ne sais pour quelles raisons je n'ai réussi à rentrer dans l'histoire ...Je vais retenter car malgré la dureté dont tu parles, il a l'air assez<br /> interessant.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Je ne dirais pas vraiment intéressant, mais plutôt fort, comme le dit Hélène. Mais il est intéressant effectivement dans sa construction ou plutôt, sa dé-construction d'une vie rêvée.<br /> <br /> <br /> Cependant pas sûre que tu rentres dedans, moi j'ai été obligée de rester en dehors tellement cette souffrance murmurée, puis criée, est intense... Tu me diras !<br /> <br /> <br /> <br />
H
<br /> Je dois avouer avoir sauté quelques lignes un peu atroces, mais au final c'est un livre que j'ai apprécié pour sa force...<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Je comprends bien ce que tu veux dire. C'est un livre fort, très fort, et il est vrai que depuis longtemps je n'avais rien lu d'aussi fort. Mais la sensation de dégoût, puis de douleur aigüe<br /> (certes, c'est aussi et avant tout celle du narrateur...) était telle que cette lecture a été au-dessus de mes forces. Cela étant, je comprends tout à fait les critiques très positives que j'ai<br /> pu lire sous plusieurs plumes, et quelque part, je les partage sur de nombreux points.<br /> <br /> <br /> <br />