Aventures en Loire, de Bernard Ollivier

Publié le par Caroline

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"L'aventure est au coin de la rue. Ce n'est pas une question de kilomètres, mais de regard."

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Marqué par le deuil de son épouse et au seuil de la retraite, Bernard Ollivier décide de se laisser porter par ses rêves de voyages les plus fous pour entreprendre, au tournant du nouveau millénaire, de refaire à pied la mythique route de la soie, seul, sans technologie moderne, muni de ses cartes et de son sac à dos. Avant de partir, il contacte les éditions Phébus, à qui il enverra à chaque étape de son voyage ses notes. A son retour, les trois volumes de Longue Marche sont publiés, et racontent avant tout la solitude du voyageur, voulue et pensée pour se mettre en attente, dans une disposition d'esprit propice à la réflexion et, surtout, à la rencontre.

Dix ans plus tard, à l'orée de ses soixante-dix ans, Bernard Ollivier entreprend un nouveau voyage, moins exotique, certes, mais tout aussi consistant en terme de défi: cheminer pendant six semaines au long de la Loire, fleuve sauvage par excellence, à pied quelques temps puis en canoë, en étant accueilli chez des inconnus lors de chacune de ses étapes. Défi qu'il se pose à lui-même, d'abord, pour se prouver que retraite n'est pas synonyme d'inactivité et de repli sur soi. Que les années qui avancent, même s'il les ressent dans un corps avec lequel il doit à présent composer, ne sont pas un frein pour continuer de cheminer, dans son esprit et par sa relation à l'autre, qu'il veut toujours plus dense et vraie.

L'impréparation de ce voyage lui donne un charme tout particulier, celui de la spontanéité. Depuis la source au mont Gerbier-du-jonc, jusqu'à Nantes, ce périple fluvial m'a émue, touchée, transportée.... Oui, il est possible de connaître la solitude plusieurs jours d'affilée en plein coeur de la France. Il est possible aussi d'y faire de belles rencontres. Ce sont ces rencontres qui rehaussent le récit: pêcheurs passionnées, routiers interloqués, aubergistes curieux ou amis d'amis, dont Bernard Ollivier a dressé la liste avant son départ, avant de leur téléphoner le jour J pour se faire héberger. "Mon autre objectif, écrit-il, était de me prouver que l'hospitalité n'était pas morte. Dans la société que ma génération a construite, l'individualisme a été érigé en dogme. La réussite était à ce prix. Chacun pour soi. On fermait son coeur pour remplir sa bourse. La télévision a achevé l'oeuvre. Au travail, je suis seul et je réussirai seul et le soir, je clos portes et volets et je vais visiter le monde à travers un écran. (...) Cette méfiance qui semble généralisée n'est pas un mur sans fissure. Il y a des passages."

http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Ollivier_2.jpgJamais avant de se mettre en route, il n'avait fait de canoë et ne s'était pas vraiment renseigné sur son maniement et les potentielles difficultés. Avec à peine trois ou quatre vêtements, ses notes, ses cartes et ses lunettes dans un bidon étanche, et quelques affaires qu'il fixe avec des bouts de ficelle à son embarcation qu'il a baptisée Canard, nombreux seront les étonnements - et les difficultés - qu'il va vivre en route...

Pays civilisé, la France est ici montrée dans sa richesse historique et naturelle, mais aussi dans les aberrations écologiques ou économiques qui transforment des siècles de savoir-faires et des paysages hier encore figés. Pas d'optimisme béat, donc, ni d'émerveillement déplacé: le regard se veut simple et neuf, sur un monde qui qui est le nôtre sans l'être vraiment tout à fait. Le fleuve, ce n'est pas la terre: c'est un monde à part, mais qui en dit tant sur tout ce qui l'entoure: les villages, les peuples, les mouvements et les flux. Hier si dynamiques, aujourd'hui ralentis, mais toujours étonnants.

Un beau récit de voyage, qui nous renvoie en permanence à notre propre regard sur le monde qui nous entoure, et nous invite à un peu de fraîcheur dans notre perception de ce que nous croyons acquis...

Editions Phébus, mai 2009

challenge-carnet-de-voyage

Continent: EUROPE

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Fransoaz 13/04/2012 13:10

Bernard Ollivier a une grande confiance en lui et en ses capacités; un vrai battant.
Ton billet est magnifiquement écrit!

Caroline 13/04/2012 13:56



Oui, c'est vrai, il ne lâche jamais, même dans l'adversité !! Lors de son voyage sur la Loire, le temps était glacial et très pluvieux, et plusieurs fois, je me suis dit que j'aurais abandonné
depuis longtemps !! Merci pour ton compliment  !!



Aifelle 30/03/2012 13:36

Je l'ai noté à sa sortie, j'attends patiemment qu'il sorte en poche.

Caroline 02/04/2012 10:26



Je crois qu'il doit sortir bientôt !



Hélène 30/03/2012 12:04

Très tentant je dois dire, même si je n'avais pas adoré ses précédents ouvrages.

Caroline 30/03/2012 13:04



C'est un très joli livre, à l'écriture simple. J'ai aimé que ce soit avant tout un journal, sans envolées pseudo-philosphiques (l'extrait que je cite sur la solitude est le seul dans
cette tonalité, et je l'ai trouvé très juste), ce qui laisse au lecteur la possibilité de se faire sa propre idée sur ces instants vécus, un peu hors du temps. C'est un auteur qui aime
vraiment les gens. Je n'ai pas lu ses autres ouvrages, mais j'ai "Longue marche" dans ma PAL.