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" J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville oú je ne connaissais personne, oú j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite, est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre".

Dans ce court récit, Le Clézio se souvient de son père, « l’Africain », cet homme à l’aura un peu mystérieuse qu’il n’a connu qu’à l’âge de 8 ans, quand après la guerre, sa famille a enfin pu le rejoindre en Afrique, où il exerçait depuis plusieurs années déjà comme médecin de brousse.
Se sentant étouffer dans l’étroitesse de Maurice, son père s’était exilé au Royaume-Uni, pays qui l’a éduqué et lui a donné sa nationalité, avant de s’en séparer après ses études de médecine. Homme atypique, abhorrant la mondanité et l’étroitesse d’esprit de l’Angleterre de son temps, il choisit de s’exiler aux colonies, en entrant comme médecin dans l’armée britannique. Engagement radical et lourd sur le sens qu’il va donner à sa vie, qui désormais sera tout entière don de lui-même à cette population africaine. Ou plutôt communion avec ce continent charnel, qui tour à tour l’attire et le révulse, le prenant tout entier avant de le rejeter, épuisé de s’être tant donné à cette suavité charnelle qui a fini par l’aspirer, l’imbibant jusqu’au plus profond de son être.
J’ai retrouvé dans ce beau portrait le phrasé musical de Le Clézio, sa puissance d’évocation et le côté clair-obscur propre à ses personnages. A tous moments, son père est habité – par la puissance de l’Afrique, qui le prend au cœur, par le dénuement de ses habitants et leur ferveur, dans leur façon de s’en remettre à lui corps et âme, au plus profond de leurs détresses, mais aussi après son retour d’Afrique, où, devenu une sorte de pantin désarticulé, son identité d’« Africain » reste magnétiquement accolée à un corps en déréliction et un esprit errant.
Un portrait tout en finesse, qui ne verse pas dans le ressentiment d’un fils sûrement assez mal aimé –en tout cas, mal compris- ni dans la facilité de l’exotisme et du dépaysement à peu de frais : homme de contradictions, qui fait cœur avec une Afrique puissante et évocatrice, son père apparaît aussi comme un anglais rigide et peu expansif, notamment envers ses fils. C’est dans ce décalage que vient se jouer une certaine tendresse, à laquelle j’ai personnellement été très sensible.
Un très beau récit, ponctué de photos issues des archives familiales et qui renforcent l’évocation de cette plume puissante… Mon seul regret : un récit bref, que j’aurais voulu voir se prolonger…
Publié aux éditions Mercure de France, 2004 et en poche Folio (2005)



Dans
Mon Traître, Antoine, son ami français, le petit luthier parisien que Tyrone a pris sous son aile pour faire de lui son frère de lutte,
cherchait, après toutes ces années, à comprendre pourquoi il avait trahi.


Jamais avant de se mettre en route, il n'avait fait de canoë et ne s'était pas vraiment renseigné sur son maniement et
les potentielles difficultés. Avec à peine trois ou quatre vêtements, ses notes, ses cartes et ses lunettes dans un bidon étanche, et quelques affaires qu'il fixe avec des bouts de
ficelle à son embarcation qu'il a baptisée Canard, nombreux seront les étonnements - et les difficultés - qu'il va vivre en route...

Si l
"Elle croyait à moi, et grâce à elle j'ai commencé à y croire." Pendant quarante ans, Sylvie a partagé la
vie de l'auteur avant de "partir sur la pointe des pieds" un matin. Bien plus qu'une compagne, elle était pour Jean-Louis Fournier la femme qu'il admirait, respectait et le faisait grandir.
Une belle âme, dont il ne gomme pas les défauts ou les erreurs mais dont il se rappelle des tranches de vie, des émotions, des moments qui les ont fait avancer, tous les deux.
Je me suis lancée dans ce roman sans vraiment savoir à quoi m'attendre



